Les métiers de l’opéra : un accessoiriste en 5 objets

Un accessoiriste en 5 objets

Derrière le rideau de scène, ce sont souvent plus de 200 personnes qui s’affairent pour faire sortir un spectacle. Le TCE lève le voile sur ces métiers – ceux qui sont sous les feux des projecteurs, certes, mais aussi ceux qui les règlent, ceux qui donnent le top, ceux qui donnent le la…

Pour ouvrir cette série, nous avons questionné Peggy et Lauriane, les accessoiristes du TCE, pour trouver les objets qui symbolisent le mieux leur métier !

Qui est un accessoiriste ?
Pour faire simple, un accessoiriste s’occupe de tout ce qui n’est ni un décor, ni un costume : cela va donc de tout petits objets (miroirs de poche, dagues et poches de sang) aux valises et aux meubles. “On n’est pas tous d’accord sur la définition d’un accessoire, mais globalement, ça doit pouvoir se porter à deux mains – parfois à quatre“. Les accessoiristes suivent les souhaits du metteur en scène et du décorateur, et doivent souvent se mettre en quatre pour trouver pile le bon objet en suivant les époques (un pistolet n’est pas le même dans les années 1920 et les années 1950). Ils sont des habitués des puces et brocantes, et sont très bricoleurs (et parfois même cuisiniers).

Tourteau, raisin, un verre de vin

Nous avons toujours en stock des crustacés en plastique, cela fait des dîners somptueux sur scène ! Mais il y a aussi de la vraie nourriture – par exemple, dans la mise en scène de Don Giovanni de Stéphane Braunschweig, Robert Gleadow mangeait une vraie cuisse de poulet à chaque représentation ! Pour ce qui est du raisin en plastique, nous sommes tout le temps en train d’en racheter – presque tous les metteurs en scène en demandent. » Après la fin des représentations, les accessoires sont emballés et stockés avec les décors, et ne sont pas réutilisés pour d’autres productions tant que le spectacle existe.
Nous avons beaucoup de vaisselle en plastique ou en métal, mais ce verre-là vient d’une autre collection: dans The Rake’s Progress mise en scène par André Engel, un personnage devait arracher la nappe d’une table, et toute la vaisselle se brisait en mille morceaux! C’est fait dans une matière spéciale qui se brise sans faire d’éclats.

Rouleaux de scotch

« C’est probablement l’objet que nous utilisons le plus dans notre métier – les morceaux de scotch de différentes couleurs nous servent à faire des marquages au sol, aux endroits où différents accessoires doivent être déposés ».

Pistolet
On meurt beaucoup à l’opéra, et souvent assez violemment. « C’est probablement notre plus grande collection – carabines, fusils, revolvers, et même des Kalachnikov ! Sans parler d’une boîte entière de menottes. » Même dans Le Barbier de Séville, où il n’y a pas de morts à déplorer, le comte Almaviva, déguisé en soldat ivre qui essaye de pénétrer dans la maison du tuteur de Rosine, menace les hôtes avec un pistolet.

Lettre

Ah, que ce serait facile si les personnages d’opéra avaient des téléphones portables ! Un texto, et Lucia aurait des nouvelles d’Edgardo, Ulysse serait rassuré sur l’état de son royaume, et Gilda ferait rappliquer son père illico pour la sortir d’un mauvais pas… Mais à l’opéra, les héros ne disposent que de lettres… dont les librettistes usent et abusent, que l’opéra soit un drame ou une comédie. « Souvent, c’est nous qui rédigeons la lettre – comme celle de Rosine pour Le Barbier de Séville, – mais nous gardons aussi de vraies vieilles lettres et enveloppes… qui ne correspondent pas toujours au monde lyrique, comme ici, une enveloppe de la CAF datant des années 1930… » Lorsque le spectacle est capté, la pression monte d’un cran – ce qui faisait illusion vu de la salle doit être parfaitement crédible filmé en gros plan par trois caméras !

Argent

S’assurer du silence d’un intrigant, outrager une courtisane, engager un barbier… Pas de paiement sans contact – on ne parle que de ducats, de dinars et scudi à l’opéra ! Alors, les accessoiristes sortent leur planche à billets. « Nous n’avons pas le droit de reprendre exactement les mêmes dimensions pour les fausses coupures, il y a des règles de la Banque de France très précises là-dessus. Et parfois, on en produit à la carte : comme ces coupures à l’effigie de Rossini ! »

Pour parfaire ce portrait d’accessoiriste, on aurait du mal à se passer de fleurs ! Couronnes, bouquets, pétales, une armoire entière leur est dédiée au Théâtre…

Merci à Lauriane et Peggy de nous avoir ouvert leurs coffres et leurs secrets !

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