Attila, des plaines du Danube à la cour de récréation

La Rencontre entre Léon Ier le Grand et Attila, fresque monumentale de Raphaël (Musées du Vatican (c) )

A la fin du IVe siècle, Attila, roi des Huns conquiert à la tête de ses hordes sauvages un empire qui s’étend des plaines du Danube à celles de l’Asie centrale. Les récits de ses nombreuses exactions « barbares » terrorisent ses contemporains et fondent son mythe de « fléau de dieu ». Au Moyen-Age, il devient une figure littéraire à qui l’on prête volontiers un destin romanesque convoquant tout autant une supposée naissance « extraordinaire » et une multitude d’aventures plus chevaleresques les unes que les autres.

Le tragédien Corneille s’empare du personnage en 1667 pour en faire le héros d’un drame à la fois historique et amoureux ! Le dramaturge Zacharias Werner, l’un des fondateurs du drame romantique allemand, en fait à son tour en 1807 le sujet de sa pièce Attila Köning der Hunnen. Madame de Staël évoque avec admiration l’œuvre de Werner dans son essai De L’Allemagne publié en 1810 et traduit en italien quatre ans plus tard. Le librettiste de Verdi puisera directement à cette double source.

Attila, version de Delacroix

La figure barbare et conquérante intéressa également de nombreux peintres comme Raphael (dans l’une des stanze du Vatican) et Delacroix qui le représenteront en viril conquérant. Attila et ses conquêtes connaitront naturellement au XXe siècle un destin cinématographique. Après une première version italienne et muette en 1918, Fritz Lang dépeindra la barbarie des Huns dans Les Nibelungen en 1924 avant que le génial Jack Palance se glisse dans les habits du roi hunnique sous la direction de l’américain Douglas Sirk en 1954. Cette même année, Anthony Quinn l’incarnera dans une production italienne haute en couleurs technicolor.

Et en musique ? L’ouvrage de Verdi reste le plus connu des opéras consacrés à Attila mais on trouve trace de précédents essais dès 1672 par Pietro Andrea Ziani à Venise et dix ans plus tard par Jean-Wolfgang Franck à Hambourg. L’ouvrage de Persiano est donné à Parme en 1727 et celui de Giuseppe Farinelli voit le jour en 1797 à Milan. Joseph Mosca en donnera sa version à Palerme en 1818 et enfin, quelques mois avant Verdi, Francesco Malipiero la sienne à Venise (l’éditeur Ricordi l’a renommera Ildegonda di Borgogna pour éviter la confusion avec celle de Verdi). Par son lyrisme et son esprit patriotique, l’Attila de Verdi, ouvrage profondément marqué par l’esprit Risorgimento toucha son public lors de la création. Il fut d’ailleurs régulièrement donné dans la péninsule dans les années qui suivirent. Plus rare au XXe siècle, il renaît depuis quelques décennies sur les scènes européennes.

Mais concluons cette rapide évocation « barbare » sur une note musicale humoristique si ce n’est burlesque avec la chanson (et le clip) qu’Henri Salvador consacra à Attila en 1967. La dimension « tyran » y est poussée à la caricature sur le refrain entêtant de « Attila est là ». Il faut dire que « le grand Zorro », celui qui « est arrivé » l’avait précédé de trois ans et avait été un immense tube.

 

Attila, Verdi

Mercredi 15 novembre 2017

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