TCE au cinéma: L’Inhumaine de Marcel L’Herbier (1924)

Décors du filmL'Inhumaine de Marcel L'Herbier par Fernand Léger et Mallet-Stevens
Décors du film par Fernand Léger et Mallet-Stevens

Nous inaugurons notre série d’été consacrée aux différentes apparitions du Théâtre des Champs-Elysées au cinéma. Chaque semaine, nous présentons un film où vous vous amuserez à reconnaître les lieux parfois transformés du TCE. Cette semaine, honneur à L’Inhumaine de Marcel L’Herbier.

Tourné en 1924, ce film a rassemblé la fine fleur de l’avant-garde de l’époque, du cinéma à la musique (Darius Milhaud) en passant par l’art et le design (Fernand Léger et Mallet-Stevens, rien de moins, pour les décors) ou encore le ballet (Les Ballets Suédois).

Synopsis

Une grande cantatrice d’avant-garde très entourée est réputée pour son insensibilité vis-à-vis des hommes qui la comblent pourtant d’attentions. Un jeune ingénieur veut lui faire prendre conscience de son inhumanité…

Tournage au TCE

Affiche du film L'Inhumaine de Marcel L'Herbier, par Fernand Léger

Affiche du film par Fernand Léger

Dans les scènes qui nous intéressent ici, la cantatrice doit se produire au Théâtre des Champs-Elysées, alors qu’une rumeur la rend responsable du suicide d’un jeune ingénieur, fou d’amour pour elle mais ignoré. Aux yeux de l’opinion publique, elle passe désormais pour « l’Inhumaine ». Le soir de son concert, la salle est divisée entre les admirateurs de la diva pour qui seul compte l’art et ceux qui lui reprochent sa dureté. Des plans étonnants, montés selon un habile découpage, décrivent l’arrivée du public, la tension grandissante pendant la première partie du spectacle (les Ballets Suédois), puis le scandale au moment où la diva monte sur scène. Elle commence à chanter, et le public se réconcilie sous le charme de sa voix. A la fin du spectacle, elle sort par l’entrée des artistes et remonte en voiture l’impasse des 12 maisons, à droite du théâtre (actuelle entrée des artistes).

Vrai ou faux ?

Jean Börlin, affiche par Krohg Per, BNF Gallica

Jean Börlin, affiche par Krohg Per

La salle, le hall, les escaliers, mais aussi l’impasse et l’entrée des artistes n’ont pas bougé d’un iota depuis le tournage ! En revanche, les couloirs et la loge de Claire Lescot ont été détruits lors des travaux de 1985 (on vous raconte cela prochainement en images). Les affiches qui ornent les murs sont vraies (à droite, l’affiche Jean Borlin en couleurs).

Fait absolument remarquable – la représentation de ballet est… vraie ! Plutôt que d’engager un ballet et des figurants, Marcel L’Herbier a tout simplement eu l’idée de privatiser l’une des représentations des Ballets Suédois de Jean Borlin, et de lancer des invitations – 3000 personnes ont ainsi répondu présentes pour assister à ce tournage inédit pour l’époque, employant 10 caméramans dans le théâtre.

Les Ballets Suédois dans Nuit de Saint-Jean (aka Midsummer Night’s Revel, 1920), au Théâtre des Champs-Élysées.

TCE, lieu d’avant-garde et de scandale

L’Herbier fait probablement référence au grand scandale qui avait marqué les débuts du TCE, construit seulement 10 ans plus tôt, lors de la première du Sacre du printemps dans la chorégraphie de Nijinsky. Le TCE devient ainsi symbole de modernité, aussi bien architecturale que musicale. Par souci de réalisme, le cinéaste avait invité le Tout-Paris aux prises de vue, en leur donnant pour consigne de prendre parti pour ou contre la cantatrice. Dix caméras ont filmé le théâtre sous toutes les coutures.

Revoir L’Inhumaine

DVD de la version restaurée de L’Inhumaine

Cette splendeur du cinéma muet est sortie de l’ombre totalement restaurée et sonorisée, les partitions musicales de Darius Milhaud ayant été égarées lors d’un naufrage pendant la dernière guerre mondiale.

En savoir plus sur le tournage

La version restaurée avec une nouvelle bande sonore est disponible en DVD ici.*
*restauré par Lobster Films avec la participation et le soutien du CNC et de la maison Hermès

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