Macbeth au cinéma

Le théâtre de Shakespeare fut une mine d’inspiration pour les scénaristes puisque l’on dénombre plus de 400 adaptations cinématographiques de ses œuvres. Si Othello, Hamlet et Roméo et Juliette furent les plus inspirants, Macbeth ne connut que trois versions sur écran noir : l’épopée de et avec Orson Welles en 1948, celle de Roman Polanski en 1971 et la toute récente de Justin Kurzel en 2015.

L’adaptation de Welles, renforcée par son traitement noir et blanc, frappe par la sauvagerie et l’urgence du récit. Les décors réduits à quelques ruines (on sait que le cinéaste réemploya d’autres décors de western dont il « cacha » les détails trop anachroniques par une épaisse brume…) donnent cette atmosphère à la fois magique et inquiétante, hors du temps. Génie de l’image, Welles pris un malin plaisir à filmer en contre-plongée, créant un déséquilibre constant, une mise en abîme sans cesse menaçante, effet renforcé par l’utilisation de la voix off (dont il connaissait et maîtrisait parfaitement les pouvoirs de par ses géniales adaptations radiophoniques précédentes…).

Près de vingt-cinq ans plus tard, Roman Polanski opte pour une vision plus réaliste. Produit par Hugh Hefner, le fondateur du Magazine Play Boy, la sortie du film fut précédée des rumeurs les plus folles annonçant force scènes de violence et de sexe. Au final, les attentes du public en la matière furent déçues (Polanski use bien de violence sanguinolente dans plusieurs scènes mais pour mieux y servir son exigence de réalisme) et le film fut finalement un échec critique et commercial. Si Welles sublime la figure du roi Macbeth (rôle qu’il s’était octroyé), Polanski lui préfère celle de Lady Macbeth, et lui donne une position centrale au travers de ses ambitions politiques comme de ses failles humaines.

Dernier en date, l’opus esthétisant de l’australien Justin Kurzel présenté en sélection officielle à Cannes en 2015 et servi par un couple star (Michael Fassbender et Marion Cotillard). Ici les batailles ont la grandeur des landes qu’elles ravagent et la boue et le sang recouvrent les glaives de façon très réaliste. L’ensemble du traitement de l’image est portée par une esthétique puissante d’une beauté à couper le souffle.

Quelque quatre-vingt-dix ans avant Orson Welles, Verdi avait déjà pressenti la force de la tragédie shakespearienne. Composé dans le sillage des héritages de Rossini et Donizetti et préfigurant les audaces de ses derniers ouvrages, en particulier Falstaff, autre titre inspiré du dramaturge anglais, son Macbeth, comme celui de Welles, reste une œuvre à part, inclassable mais nécessaire.

Macbeth

Mardi 24 octobre 2017

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