RENCONTRE avec Jérémy Duffau

À l’occasion de la mémorable production de Dialogues des Carmélites (pour découvrir l’œuvre, voir notre pearltree consacré à cette production), l’équipe du Blog du TCE a demandé à l’interprète du Premier Commissaire, Jérémy Duffau, de parler un peu de son quotidien de chanteur, de son attachement au TCE, de ses petits rituels avant de monter sur scène, etc… Bref ! C’est l’occasion de découvrir un des jeunes espoirs du chant français dans un lieu qu’il connaît particulièrement bien puisqu’il y a travaillé quand il était encore étudiant ! Et pour lui compliquer la tâche (oui, nous sommes de vrais tortionnaires avec les artistes, dans l’équipe du blog !), nous avons demandé à Jérémy de nous raconter sa journée en photos : armé de son smartphone, il a immortalisé quelques instants marquants d’une journée où il s’apprêtait à jouer le Premier Commissaire le soir même.

 

Jérémy Duffau, quand t’es-tu rendu compte que chanter était essentiel pour toi ? Quand as-tu décidé de devenir chanteur lyrique ?

Tout petit, je souhaitais devenir comédien et non chanteur. Après avoir obtenu mon baccalauréat à l’âge de 18 ans,  je suis entré au Cours Florent. Mon objectif était de devenir comédien. J’ai eu quelques petits rôles au théâtre, à la télévision comme TF1, Canal +…

Le Cours Florent proposait d’intégrer un groupe de 80, 90 étudiants issus d’un cours de chant et d’un cours de danse qui permettait de monter des comédies musicales, des opérettes, des spectacles lyriques… Afin d’intégrer ce groupe nous devions passer une audition, ce que j’ai fait, sachant que je chantais surtout, à l’époque, du jazz ou de la soul. J’ai d’ailleurs présenté, ce jour là, la chanson « Stand by me » : c’était loin de l’opéra ! C’est à ce moment que le professeur Laurent Austry m’a précisé que j’étais ténor. Il m’a donc pris dans les solistes. J’ai chanté dans des comédies musicales mais j’ai aussi interprété des airs d’opérettes et d’opéras.

Ces trois années au Cours Florent ont forgé ma passion pour le chant lyrique.

Durant ma dernière année dans cette école, j’ai commencé à envisager sérieusement d’en faire mon métier. J’ai acheté mes premiers disques de ténors. Je ne connaissais pas beaucoup de chanteurs, mis à part les plus populaires comme Pavarotti, Domingo, Carreras, qui me fascinaient.

À l’issue de mon passage au Cours Florent, j’ai tenté le concours du Conservatoire national de Région de Saint-Maur. J’ai été admis, ce qui m’a conforté dans mon projet.

 

Peux-tu nous décrire ton parcours au Conservatoire ? 

J’avais déjà des notions de solfège car j’ai joué plus jeune du saxophone pendant 6 ans. J’ai donc pu parfaire mes connaissances. À la fin de ma formation, j’ai eu un prix de chant et de musique de chambre et j’ai chanté le rôle du Contino Belfiore dans l’opéra de Mozart La Finta Giardiniera.

 

Quel a été ton premier contrat en tant que chanteur professionnel ?

J’ai participé à une version scénique de La Petite Messe Solennelle de Rossini dirigé par Jean-Claude Malgoire à l’Atelier Lyrique de Tourcoing.

 

Quel lien entretiens-tu avec le Théâtre des Champs-Elysées ?

Pendant mes années au Conservatoire, j’ai fait des petits boulots. Je travaillais à la Comédie-Française et l’Opéra de Paris où les horaires de travail étaient compatibles avec mes cours.

J’ai frappé un jour à la porte du Théâtre des Champs-Elysées et j’ai été engagé pour vendre les programmes.

C’est au TCE que j’ai vu mes premiers récitals, j’avais donc un lien affectif avec ce lieu et pouvoir y travailler me réjouissait. Cela me permettait de continuer à assister aux concerts.

Un jour, Michel Franck, le Directeur du Théâtre, a appris que j’étais ténor. Il m’a auditionné et m’a dit qu’il aimait bien ma voix. Il m’a réécouté quelques mois plus tard pour Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc et pour Pénélope de Gabriel Fauré en version concert. Il m’a engagé pour ces deux projets alors que j’étais jeune chanteur.

J’ai également eu la chance de chanter au Théâtre des Champs-Elysées et à l’Opéra de Massy à l’occasion des journées « Tous à l’Opéra » avec Nathalie Manfrino qui en était la marraine.

JARIS JARIS TV – Culture

Cliquez pour visionner le reportage sur Tous à l’Opéra 2011

Comment travaillez-vous à partir du moment où l’on vous donne la partition ? Quelles sont les différentes étapes d’une production d’opéra ?

Nous acceptons dans un premier temps le rôle qui nous est proposé en fonction de nos capacités techniques, de notre typologie vocale. Une fois la proposition acceptée, j’entame un premier travail sur la partition, que je me suis procurée, longtemps à l’avance. J’écoute plusieurs enregistrements, ce qui me permet de mesurer l’importance de l’orchestre et de comparer les différentes interprétations.

Je travaille par la suite avec plusieurs chefs de chant, dont Claudie Martinet. À plus de 80 ans, elle a une très grande expérience. Ayant exercé à l’Opéra de Paris et à l’Opéra-Comique, elle a fait travailler les plus grands comme Pavarotti. Sa rigueur musicale est un atout.

On apprend les rôles dans l’ordre chronologique des productions auxquelles l’on participe. Les contraintes de planning font qu’il n’est pas possible de les apprendre trop longtemps à l’avance, surtout lorsqu’on incarne trois personnages dans d’autres productions avant.

Je suis encore un jeune chanteur. Je n’ai pas un agenda qui déborde mais quand je participe à une production, je suis déjà en train d’apprendre le rôle de la suivante. Le temps d’apprentissage (permettant de s’imprégner de la partition vocalement et physiquement) peut varier en fonction de l’importance des personnages que l’on interprète. Cela peut prendre trois ou quatre mois. Cependant, certains grands chanteurs arrivent à assimiler un rôle en quelques jours. Le temps de répétition étant souvent court (de 3 à 5 semaines), il est nécessaire d’être prêt et de connaître parfaitement ses interventions.

 

Comment es-tu entré dans la peau de ton personnage ? Est-ce suite à la lecture du livret, aux indications du metteur en scène, à l’essayage des costumes ?

Au moment des premières lectures de la partition, en fonction du contexte historique au cours duquel l’opéra a été composé, je m’imagine déjà un personnage avec ses caractéristiques.

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Portant du costume du Premier Commissaire © Jérémy Duffau

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Premières répétitions sur scène avec orchestre © Jérémy Duffau

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Loge de maquillage © Jérémy Duffau

Ensuite le metteur en scène explicite sa propre vision de l’œuvre, qui va parfois dans le même sens que moi ou se trouve être à l’opposé. Cela peut même changer mon interprétation musicale. On attend toujours avec impatience les répétitions sur scène car elles permettent, avec les costumes et le maquillage, de se mettre définitivement dans la peau du personnage.

Dans le cas du premier commissaire, dans l’opéra Dialogues des Carmélites, je ne m’imaginais pas un rôle aussi sombre et nerveux, ce qui était tout à fait cohérent avec la mise en scène. Certains compositeurs ne donnent pas beaucoup d’indications sur les personnages. Poulenc, pour Dialogues des Carmélites, a en revanche tout écrit.

 

Que fais-tu juste avant de monter sur scène et pendant le spectacle quand tu n’es pas sur le plateau ?

Dans Dialogues des Carmélites, j’avais un rôle très court. Dans la mise en scène d’Olivier Py, j’apparaissais en plus dans le premier acte et au début de l’acte deux juste après ma scène chantée. J’étais donc un peu plus sur le plateau que ce qui est prévu initialement dans la partition.

Ma première intervention n’étant qu’à la fin du premier acte, le maquillage et la coiffure étaient prévus un peu plus tard pour moi. Je m’échauffais vocalement et physiquement alors que l’opéra commençait sur scène.

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La loge de Jérémy © Jérémy Duffau

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Petit encas rapide avant la représentation © Jérémy Duffau

N’étant pas le seul à intervenir plus tard, je pouvais même discuter avec mes collègues qui attendaient comme moi. J’allais aussi voir ce qui se passait sur le plateau, l’ambiance, la réaction du public…

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Patricia Petibon vue depuis les coulisses © Jérémy Duffau

En revanche, quand on interprète un premier rôle, on arrive plutôt deux heures à l’avance. Le nombre de pauses est réduit. On en profite pour respirer un bon coup et pour regarder la partition de la scène suivante afin de se rassurer !

 

Pour certaines représentations, tu es équipé d’un micro. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Les deux dernières représentations de Dialogues des Carmélites étaient enregistrées pour la radio et le streaming sur Culturebox et Arte Live web [voir encadré plus bas]. Comme mon personnage intervenait dans la salle, parmi le public, il était important que l’ingénieur du son puisse capter ma voix et l’homogénéiser avec celles des chanteurs présents sur le plateau. Ce ne sont pas des micros amplificateurs !

Les artistes lyriques voyagent beaucoup. Quelle est ta prochaine destination ?

Je commence à tourner un peu, principalement en France. J’ai commencé la saison 2013-2014 à Helsinki pour enchaîner ensuite au Théâtre des Champs-Elysées. Je suis actuellement à Tourcoing où nous reprenons La Petite Messe Solennelle de Rossini avec Jean-Claude Malgoire à la direction et Jean-Philippe Delavault à la mise en scène [voir l’article de La Voix du Nord].

Je pars ensuite à Strasbourg pour chanter dans Le Roi Arthus de Chausson à l’Opéra National du Rhin avec Franck Ferrari dans le rôle-titre.

 

Je continue à l’Opéra de Besançon pour une reprise d’Owen Wingrave de Britten.

J’ai d’autres projets pour la saison prochaine au Théâtre des Champs-Elysées ainsi qu’à l’Opéra National du Rhin avec, en autres, La Dame de Pique de Tchaïkovski, dont la mise en scène est assurée par Robert Carsen.

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Pose du micro © Jérémy Duffau

Quel est le lieu où tu rêverais de chanter ? Et quel rôle souhaiterais-tu interpréter ?

Le Saint Graal serait de chanter au Metropolitan Opera de New-York. C’est une salle mythique.

Pour les rôles, il y en a beaucoup. Je peux citer pour exemple Roméo, ou Rodolfo dans La Bohème. Ce sont des rôles qui mettent en valeur les ténors et qui sont beaucoup donnés à l’opéra.

Merci Jérémy !

Photographies : Jérémy Duffau
Entretien mené par Chrystel Folcher
Retranscription : Nadine Petit

 

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