Michèle Losier : « J’ai un petit bonheur dans mon cœur »

Pour les directeurs d’opéra, une chanteuse qui annonce être enceinte est toujours un casse-tête : impossible à prévoir, difficile de remplacer… Dans la distribution de Castor et Pollux décidée il y a trois ans, Sonya Yoncheva et Michèle Losier devaient assurer les rôles des deux sœurs Télaïre et Phoebé. Mais voilà que l’une puis l’autre chanteuse ont annoncé attendre un enfant. Alors que la première doit accoucher d’un jour à l’autre et a cédé son rôle à la soprano Omo Bello, Michèle Losier, enceinte de 6 mois, a tout juste le temps d’interpréter le sien. Et, puisqu’il s’agit d’un premier enfant pour la mezzo-soprano canadienne, nous avons voulu savoir ce qu’une grossesse représentait pour une chanteuse d’opéra.

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Michèle Losier, être enceinte, qu’est-ce que ça change pour la voix ?

M. L. : Ça crée le même stress chez toutes les chanteuses, on est vraiment à la merci de nos capacités physiques : la voix évolue à cause des changements hormonaux ! Le premier trimestre, ma voix était très facile, agile, et c’était très confortable malgré la nausée et la fatigue. Ça l’est toujours aujourd’hui, mais la voix a changé, elle est devenue plus épaisse. Neuf mois, c’est très long, mais au final, chaque jour, tu t’adaptes aux petits changements et tu ne t’en rends plus vraiment compte : aujourd’hui, je dois dire que je me sens assez moi-même. Simplement, comme j’ai un petit bonheur dans mon cœur, je suis plus gaie ! C’est un petit garçon.

Comment concilier le travail avec une grossesse lorsqu’on est chanteuse d’opéra ?

M. L. : J’ai beaucoup travaillé et voyagé au début de ma grossesse, notamment au Japon. Je faisais des rôles de garçons, c’était rigolo. Mais l’idée du décalage horaire me décourageait, l’idée de voyager alors que j’étais enceinte de moins de 3 mois me faisait peur… Tu te dis « bon, j’espère qu’il va s’accrocher ! ».

Pour Castor et Pollux, ça tombe dans une très bonne période, toutes les femmes enceintes le disent : tu te sens bien, et c’est  tant mieux ! Je n’ai pas un surpoids énorme, je peux tout faire… Même si j’avais un rôle de garçon, ça passerait encore avec un peu de camouflage. Mais ça, on ne peut pas le savoir à l’avance…

Pour beaucoup de chanteuses, être enceinte est lourd de conséquences lorsqu’on est obligé d’annuler des contrats et que ce manque à gagner n’est compensé par rien…

M. L. : Ah ! Je ne te parle pas du nombre de fois où je faisais un test de grossesse en me disant à la fois « j’espère que je suis enceinte » et « j’espère que je ne le suis pas » ! Tu te sens très coupable dans ce genre de pensées, tu te dis « Je suis égoïste », et en fait non, tu paniques parce que tu ne veux pas annuler des contrats qui sont importants. J’ai trop essayé de trouver le bon timing, mais depuis deux ans, c’était assez clair dans ma tête: peu importe quand je tomberai enceinte, ce sera ça. Ça n’arrive jamais au moment que l’on souhaite.

Ce métier-là, on ne peut jamais la prendre pour acquis. Du jour au lendemain, je peux avoir moins de contrats, ce qui est le cas parfois. Je ne peux pas me dire que je vais toujours travailler pour assurer une carrière. Il faut à un moment lâcher prise. Si je mets tout de côté pour avoir une carrière, ça ne marche pas, mais l’inverse non plus. J’ai toujours su que j’aurai un enfant tard. Aujourd’hui, j’ai 36 ans, et ce n’est que quand j’ai rencontré mon compagnon que j’ai eu envie d’avoir un enfant…

Des appréhensions, du stress, il y en a beaucoup. Quand on fait ce métier-là, et pour moi, c’est mon revenu principal dans la vie… et ça représente beaucoup pour le futur. Trouver des nounous, espérer que le conjoint va suivre… Lui aussi travaille souvent dans des villes différentes. Il y a quelques semaines j’ai paniqué en pensant : « Mon dieu, comment je vais faire ? » J’avais réalisé que j’allais avoir besoin d’une nounou quand je partais pour un spectacle à l’étranger, mais que j’en avais aussi besoin quand j’étais chez moi car j’avais quand même des obligations ! Mais toutes les mamans chanteuses à qui j’ai parlé me disent « On trouve toujours une solution ».

Et la robe sur scène ?

M. L. : Elle est assez confortable, c’est une robe taille empire avec une étoffe assez lourde : certains penseront peut-être que je suis un peu ronde, mais je crois que ça ne se voit pas vraiment, vous me direz !

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