Donna Leon, une invitée mystère dans Rodelinda de Haendel

Rodelinda, avec Simone Kermes, Marijana Mijanovic, Steve Davislim, Sonia Prina, Vito Priante et Marie-Nicole Lemieux, Il Complesso Barocco, Alan Curtis, enregistrement Archiv Produktion, 2004.

Rodelinda, avec Simone Kermes, Marijana Mijanovic, Steve Davislim, Sonia Prina, Vito Priante et Marie-Nicole Lemieux, Il Complesso Barocco, Alan Curtis, enregistrement Deutsche Grammophon, 2005.

Rodelinda est l’un des opéras les plus enregistrés de Haendel ; et l’un des disques les plus connus est sans doute celui du chef américain Alan Curtis*. Enregistrée dans le cadre somptueux d’une villa italienne, cette version servie par des chanteurs somptueux a également un participant mystère… Donna Leon, la romancière américaine vénitienne d’adoption, avait apporté sa touche à l’enregistrement, et vous en révèle le secret aujourd’hui !

Ma mère avait l’habitude de me dire qu’il « n’est pas si simple de bien faire ».

Je trouvais la formule stupide et sans réel fondement. Depuis, pour en avoir fait l’expérience, je reconnais que dans des circonstances très précises, certaines expériences ne sont en rien aussi simples qu’elles peuvent paraître.

Il y a quelques années, j’assistai à l’enregistrement discographique du Rodelinda de Haendel réalisé par mon ami Alan Curtis. Nous en étions à l’acte III, précisément à la scène où le personnage d’Eduige sauve de la mort son frère Bertarido emprisonné en lui jetant une épée dans son cachot afin qu’il puisse se libérer. Ce passage nécessitait de toute évidence le bruit d’un objet en métal tombant sur un sol de pierre. Les techniciens présents trouvèrent alors un pied de biche qui devait « faire l’affaire » et il y avait à l’étage de la villa dans laquelle nous enregistrions un sol de marbre. Il ne restait plus qu’à doser la chute pour obtenir le son recherché.

Faisant fi de toute modestie, j’offris bien volontiers ma contribution à l’affaire en cours, toute confiante en mon talent. J’affirmais ainsi qu’aucun levier ne pouvait être trop lourd ni aucun sol de marbre trop dur pour que s’épanouisse avec brio mon art du lâcher. Mon génie en la matière ne pouvait être qu’éclatant.
Nous commençâmes la prise. Les techniciens, micro en place et casque sur les oreilles, scrutaient chacun de mes essais. L’esprit enflammé par le geste artistique en pleine accomplissement, je dû m’y reprendre à plusieurs reprises : plus haut, plus bas.. Pour enfin découvrir que la hauteur idéale de la chute devait avoir lieu à 70 cm du sol. Restait ensuite à perfectionner l’angle pour obtenir le bon « clang clang » et non un approximatif « clang thunk ». Il ne fallut pas moins de six prises pour obtenir le son et l’effet recherchés ! C’était parfait et définitivement identifiable comme la chute d’une épée dans un cachot.

La modestie toutefois m’a fait refuser que mon nom apparaisse au générique auprès de ceux des interprètes. Aujourd’hui, dix ans après cette expérience jusque-là tenue secrète, je peux révéler au monde entier ma performance unique et sans lendemain dans un opéra de Haendel .
Donna Leon, septembre 2016

Ce geste d’anthologie vient conclure l’aria de Bertarido « Chi di voi fu più infedele » (acte III, scène 3).
Rodelinda
Il Complesso Barocco, direction Alan Curtis
Deutsche Grammophon, 2005

Rodelinda de Haendel

Lundi 23 janvier à 19h30

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