Shakespeare et la musique

If music be the food of love, play on!

Si la musique est la nourriture de l’amour, jouez !
– William Shakespeare, La Nuit des Rois

Nul besoin d’être un spécialiste du théâtre élisabéthain pour constater la place prépondérante qu’occupe la musique dans le théâtre de William Shakespeare. A toutes les époques, y compris la nôtre, ses vers ont inspiré de nombreux compositeurs. Modeste tour d’horizon d’un testament musical hors du commun.

 
 
Né à Stradford-upon-Avon, dans le Warwickshire (deux noms dont la seule prononciation est une musique à part entière !), Shakespeare a vécu à une époque charnière de l’histoire anglaise, faite de conflits religieux et de remous sociaux. Dans cet univers en expansion où se mêlent joyeux bordels et palais austères, grande histoire politique et petits mélodrames intimes, la musique de scène est avant tout l’outil métaphorique idéal pour dénoncer, appuyer, illustrer.
 
N’oublions pas que le dramaturge est l’héritier d’une tradition ancienne en Angleterre : le théâtre médiéval, qui fait la part belle à la musique. Le corpus shakespearien recense près de 2000 références à la musique, que ce soit sur un plan purement discursif (le vocabulaire du solfège et de la théorie musicale se prête en effet à merveille aux jeux de mots coquins et suggestifs), ou par l’utilisation de ballades (« tunes ») dont les paroles souvent  irrévérencieuses ou satiriques sont faciles à mémoriser, puis en introduisant après 1600 des « masks », transpositions théâtrales du masque de cour alors très en vogue.

 

Flûtes Renaissance, cornets à bouquins, harpe, luth et viole

 

Un instrumentarium de plus en plus étoffé

La majeure partie du matériau sonore des pièces de Shakespeare est aujourd’hui perdue ; on connaît néanmoins de façon assez précise l’instrumentarium utilisé : si au début de sa carrière le dramaturge ne dispose que d’une trompette et d’un tambour (chargés d’évoquer les batailles et de sonner les retraites), les musiciens étoffent peu à peu le discours musical, et chaque instrument occupe une fonction bien précise : ainsi, la flûte basse évoque le deuil, la flûte alto l’enfance et la pureté ; le hautbois est polyvalent, puisqu’il peut tout aussi bien signaler le couvre-feu que symboliser l’infanterie des champs de bataille et la nuit ; le cornet à bouquins (alors concurrent direct du violon !) remplace la trompette ; la harpe est l’instrument des ballades par excellence ; enfin, le luth et la viole de gambe, éminemment aristocratiques, sont les instruments rois de l’époque élisabéthaine.

 

Les premiers à mettre en musique des vers de Shakespeare sont ses contemporains Thomas Morley, Robert Johnson, John Dowland et William Byrd (auquel on doit entre autres de magnifiques pièces pour consort de violes, formation emblématique de la période).

 

L’universalité de Shakespeare et sa mise en musique à travers le temps

Au fil des siècles, il semblerait que les musiciens n’aient cessé de s’abreuver à la source shakespearienne : en 1692, une centaine d’années après la création du Songe d’une nuit d’été, Henry Purcell compose The Fairy Queen, masque inspiré de la comédie du « barde de Stratford », et auquel Britten redonnera en 1960 toute la poésie drolatique de son modèle théâtral. Roméo et Juliette (1598) et La Tempête (1611) sont sans doute les chefs-d’œuvre qui ont inspiré le plus de compositeurs : citons entre autres Bellini, Tchaïkovski, Gounod, Prokofiev, ou Pascal Dusapin pour le premier et Purcell, Mendelssohn, Chausson, Sibelius, Frank Martin our Thomas Adès pour le second. Verdi, quant à lui, mena à terme trois opéras shakespeariens : Macbeth, Otello et Falstaff. Beaucoup moins connus, n’oublions pas Darius Milhaud et son Jules César, ou encore Florent Schmitt et Antoine et Cléopâtre, jusqu’à Duke Ellington qui rendit un vibrant hommage à Shakespeare en 1960 avec Such Sweet Thunder.

Cette proximité shakespearienne n’a rien de surprenant : tout comme il utilisait la scène comme espace de débat, il abordait abondance de thèmes dont l’étonnante pertinence résonne aujourd’hui encore dans l’immense creuset collectif des interrogations humaines.

 

Retrouvez Anna Prohaska lors d'une soirée Shakespeare

Le 4 juin 2018

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