Robert Wilson – (c) Lucie Jansch 2011

Rien ne prédisposait l’américain Robert Wilson, né en 1941 à Waco au Texas et fils d’un avocat d’affaires, à devenir l’un des plus brillants « décloisonneur » de la scène européenne depuis près de cinquante ans.

Adolescent mutique, se passionnant pour l’architecture et la peinture lors de ses études, il choisit finalement la scène comme champ d’expression. A la fin des années 60, il rejoint New York et son effervescence artistique où il se lie avec de nombreux artistes de sa génération, notamment le chorégraphe et danseur Andy de Groat avec qui il créé ses premiers spectacles.

Le choc, l’élément fondateur de l’œuvre de Wilson, se produit en 1970 avec la création du cultissime Regard du sourd, une fresque entre théâtre et happening de 7 heures entièrement muette. Le spectacle est construit autour d’une succession de tableaux à la beauté insolite et impose une réflexion nouvelle sur le temps et l’espace scénique, deux paramètres qui deviendront le fondement de son œuvre. Ce Regard sera un électrochoc pour de nombreux jeunes metteurs en scène (Chéreau, Planchon, Lavaudant notamment) et marquera fortement le renouveau de la scène théâtrale et opératique. Le spectacle est présenté au festival de Nancy en 1971 et inaugure la présence régulière de l’artiste en France. Autre rendez-vous fondateur cinq ans plus tard en 1976, avec la création de l’opéra Einstein on the beach sur une musique de Philip Glass au festival d’Avignon. Dès lors, Bob Wilson, définitivement rentré dans la cour des très grands, partage son temps entre théâtre et opéra. Sa curiosité pour les textes est sans limites, passant d’Heiner Müller à Shakespeare, de Marguerite Duras à Virginia Woolf, de Büchner à Beckett, de Genet, Burroughs à La Fontaine. Son travail pour l’opéra connaît la même diversité de répertoire, de Monteverdi à Puccini, Debussy, Strauss, Kurt Weill ou Arvo Pärt.

Homme de théâtre et plasticien, le geste créatif de Bob Wilson dépasse largement le cadre de la scène et toute sa force poétique s’exprime par son approche du mouvement et de la lumière comme éléments structurants de la représentation scénique. Influencée depuis longtemps par les formes théâtrales asiatiques, son œuvre se caractérise, au théâtre comme à l’opéra, par un langage corporel très codifié et par une quête d’épure extrême touchant parfois à l’abstraction. Le corps, celui des acteurs, des chanteurs, devient la matière première destinée à porter une nouvelle lecture des œuvres. Il y a indéniablement un geste (lent, précis et extraordinairement expressif) et une « couleur » wilsoniens, une économie scénographique redoutablement efficace pour laisser place à l’émotion. Sa mise en espace du Messie de Haendel, ici dans la version de Mozart, s’inscrit en droite ligne dans ce parcours, d’autant que l’œuvre porte en elle une quête d’universalité qui ne pouvait que résonner aux propres préoccupations de l’homme de scène.

Entretien avec Bob Wilson sur son travail au théâtre et à l’opéra, sa relation aux textes, sa manière très personnelle de travailler sur le temps et l’espace scéniques.(Entretien en anglais avec traduction simultanée)

Crédits : Magazine « Hors-Champs », entretien avec Laure Adler, février 2012 – France Culture / Société des programmes de Radio France
En collaboration avec l’INA et France Culture
Avec le soutien de FEDORA and Creative Europe
Photo © Lucie Jansch 2011

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