Sur la première rencontre avec Beethoven

Pa pa pa paaam! Bien sûr, la 5e symphonie. Mais les sonates de Beethoven m’ont accompagné pendant toute ma vie ; déjà, en CE2, à Irkutsk, je jouais la sonate n°1, puis la n°6 l’année suivante… Quant à l’Appassionata, elle m’accompagne pendant toute ma vie. Elle faisait partie de mon programme lors de l’examen à la fin de l’école de musique. Je la joue depuis peut-être 25 ans…

Sur ce qui fait le génie d’une musique

La particularité étonnante d’une musique de génie, c’est qu’on peut la jouer 100, 200 fois et y trouver des profondeurs inconnues. On ne peut pas en être las. Même de la musique populaire, même de l’Appassionata ! Ça ne veut pas dire que je me dis que je vais entrer en scène et donner une nouvelle interprétation, ce n’est pas ça. Ça se passe pendant le concert – et j’attends beaucoup ces instants.

Sur la sonate n°32, la nouvelle venue dans son répertoire

Je ne joue pas encore toutes les sonates de Beethoven, je dois en jouer 22 sur les 32 qu’il a écrites. Et la n°32 (qu’il va jouer au TCE le 27 septembre 2019, ndlr), c’est une nouvelle histoire pour moi. Je ne suis pas venu tout de suite aux dernières sonates de Beethoven.

C’est un vrai jalon dans mon répertoire, car c’est un état à part, un lien avec quelque chose là-haut. Surtout la 2e partie qui t’hypnotise et te met dans un état second. La musique parle pour elle-même, il ne faut pas inventer quoi que ce soit.

C’est du pur romantisme, on se trouve comme en apesanteur, sur un coussin d’air – j’en avais peur parfois ! Même lorsque je ne faisait que lire cette sonate pour la première fois, j’avais la sensation de toucher là à quelque chose de sacré.

Et la passion et la virtuosité dans tout ça?

La passion est présente dans la sonate n°32. Mais la question n’est pas là – pour moi, l’art sans passion n’existe pas. Tout le monde dit, “virtuosité”. C’est un cliché qui ne me plaît pas du tout. Beaucoup d’auditeurs dans le public voient la virtuosité comme quelque chose de rapide, de fort, d’énergique, de fou, de passionné. Et ce n’est pas ça. On peut jouer piano de façon virtuose. Une pause peut être virtuose (et il y en a beaucoup dans la n°32 !)

La passion, ce n’est pas le volume. La passion, c’est l’honnêteté, l’ouverture, la vérité. Une pause virtuose – c’est l’un des points culminants d’un concert où tu comprends que tu viens de posséder le silence. C’est comme du doping – je ne peux pas m’en passer.

J’attends cette nouvelle saison comme jamais, parce que le contact avec la nouveauté, surtout avec quelque chose de grand – rien n’égale cette sensation d’anticipation.

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