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« Denise Duval représente exactement ce que j’aurais voulu être si j’avais été femme ! » Denise Duval, muse et double féminin de Francis Poulenc

La soprano Denise Duval (1921-2016) fut la voix de Poulenc, d’ailleurs le compositeur reconnaissait avec tendresse qu’il composait « pour Duval et orchestre ». Formée au Conservatoire de Bordeaux, elle entame une carrière dans le music-hall où elle est repérée par Georges Hirsch, alors directeur de l’Opéra de Paris. Ce dernier l’intègre à la troupe de l’Opéra-Comique où elle chantera notamment Madame Butterfly et Tosca. Ravissante, dotée d’une pureté de timbre, d’une clarté d’élocution et d’une exceptionnelle sensibilité scénique, Poulenc l’adopte d’emblée et lui offrira, outre plusieurs mélodies pour lesquelles il accompagnera très souvent au piano, un quatuor lyrique au sommet. Ce sera tout d’abord le personnage de Thérèse dans l’opéra bouffe Les Mamelles de Tiresias, d’après la pièce d’Apollinaire, créé en 1947. En juin 1957, elle incarne une bouleversante Blanche de la Force lors de la première française des Dialogues des Carmélites à l’Opéra Garnier. Deux ans plus tard, elle est la Voix humaine, une courte tragédie lyrique sur un texte de Cocteau. Enfin en 1961, elle sera à la fois la dédicataire et la créatrice du monologue de La Dame de Monte Carlo, une nouvelle fois sur un poème de Cocteau.

Une voix qui donnait des frissons et un franc parler lui ont offert une place à part mais de choix parmi les étoiles du chant lyrique français. Lors de la création de La Voix humaine, Cocteau traça son portrait en ses termes : « Nous avons, Poulenc et moi, refusé les cantatrices. Nous voulions une grande comédienne qui articule et qui joue. Or, Madame Duval ne remporterait pas les triomphes qu’elle remporte si elle n’était qu’une voix. C’est sa précision et sa féminité qui touchent. Ni la Tebaldi, ni la Callas ne pouvaient jouer ce rôle d’oiseau blessé par le chasseur invisible ». Et c’est alors que vint l’immense rôle de Blanche dont elle dira : « Avec elle, je suis entrée dans le personnage, je l’ai avalé comme elle m’a avalée, j’ai éprouvé son mysticisme peu à peu. Poulenc m’a appris à me placer au bord de moi-même, à regarder au fond de moi pour exprimer ce que j’avais tendance à cacher. J’ai porté Blanche autant qu’elle m’a portée. »

Suite à un accident vocal mal traité, le « rossignol à larmes » comme aimait l’appeler Poulenc quitta la scène en 1965, deux ans après la mort du musicien et du poète Cocteau.

Entretien avec la soprano Denise Duval, muse de Francis Poulenc et créatrice de plusieurs de ses pièces lyriques dont La Voix humaine, Blanche des Dialogues des carmélites, Les Mamelles de Tirésias et La Dame de Monte Carlo. Elle raconte dans cet entretien son attachement au compositeur, ses relations avec Cocteau et de nombreux souvenirs, illustrés d’extraits musicaux de ses principales collaborations avec Poulenc.

Crédits : Entretien avec Denise Duval par Antoine Livio, février 1983 – France Culture / Société des programmes de Radio France
En collaboration avec l’INA et France Culture
Avec le soutien de FEDORA and Creative Europe

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