Krzysztof Warlikowski © Maurycy Stankiewicz

Le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski appartient à ces artistes qui depuis plus de vingt ans participent au renouveau du langage théâtral et de la scène européenne. Profondément ancrées dans sa culture d’origine, ses lectures et approches dramaturgiques des classiques de la littérature et de l’opéra s’emploient à mettre en relief l’ironie de l’Histoire et le tragique de l’existence individuelle.

Né en 1962 à Szczecin, ville au nord-ouest de la Pologne au croisement depuis des siècles de l’Europe occidentale et orientale, il suit des études de philosophie et d’histoire dans son pays natal. Il y découvre en parallèle le monde du théâtre et y fait ses premiers pas auprès de son compatriote, le metteur en scène Krystian Lupa, dont le travail se fonde principalement sur la quête de la transgression des frontières chez chaque individu, une approche qui marquera profondément le jeune étudiant et dont il saura se souvenir. Il décide de rejoindre Paris et La Sorbonne pour approfondir ses connaissances en histoire du Théâtre. Il y rencontre Peter Brook qui deviendra son mentor. Nourri dès son plus jeune âge de littérature, il se lance à l’assaut de la scène avec des textes de Shakespeare, Mishima, Euripide, Kafka, Koltès, Proust, Tennessee Williams… Et qu’il s’agisse de classiques ou de modernes, il y cherche et exploite des résonances avec le monde contemporain qui ne peuvent qu’interpeller le spectateur et l’amener à s’approprier les enjeux.

Il adopte la même démarche dans le domaine de l’opéra, quel que soit le répertoire abordé. Cela se traduit par des spectacles puissants aux multiples résonances modernes et qui par là même peuvent parfois être perçus comme « déroutants », tant finalement le miroir qu’il nous renvoie de la société peut y être d’une incroyable actualité. Mais c’est là que résident leur force et beauté, parfois même dans les pires noirceurs. Citons quelques-uns de ses spectacles parmi les plus emblématiques : Iphigénie en Tauride, L’Affaire Makropoulos, Parsifal et Le Roi Roger de Szymanowski et plus récemment Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch pour l’Opéra de Paris, Wozzeck et Don Carlo pour l’Opéra de Varsovie, Eugène Onéguine, La Femme sans ombre et Salomé au Bayerische Staatsoper de Munich, The Rake’s Progress au Staatsoper de Berlin, Médée de Cherubini (également présentée ici-même il y a quelques saisons), Macbeth, Lulu et Don Giovanni à La Monnaie de Bruxelles, Alceste au Teatro Real de Madrid. On pourra également découvrir cet été sa nouvelle production d’Elektra à Salzbourg. Lors d’un entretien dans le journal Le Monde il y a un an, il déclarait : « Qu’est-ce qu’on serait sans Italiens, sans Français, sans Allemands et même sans Britanniques ? Chaque pays porte son stigmate, et la culture en rend particulièrement compte. Quand je m’attaque à Strauss ou Wagner, je suis dans un temple germanique inquiétant, avec sa célébration du nationalisme. Quand je mets en scène Chostakovitch, je suis dans la Russie soviétique, un exemple monstrueux de l’échec de l’humanité… ». Profondément européen, son parcours de dramaturge et metteur en scène reflète tout autant son histoire personnelle que les enjeux de notre époque. Sa Salomé, créée il y a un an à Munich, est un spectacle fort en émotions, offrant la vision d’une société aux abois et menacée. Une nouvelle fois, Warlikowski nous incite à questionner tout autant les douloureuses ambiguïtés de l’histoire que les nôtres.

Rencontre avec le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski, l’un des créateurs les plus cosmopolites de la scène européenne, qui se prête au jeu de l’autobiographie radiophonique. Origines, famille, religion, formation, premiers pas au théâtre…

Crédits :
Magazine « A voix nue », entretien avec Joëlle Gayot, juin 2009 – France Culture / Société des programmes de Radio France
En collaboration avec l’INA et France Culture
Avec le soutien de FEDORA and Creative Europe
Photo © Maurycy Stankiewicz

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