Anastasiia Shevchenko et Denys Nedak / Lac des Cygnes / DR

Lopukhov, Noureev, Grigorovitch, Bourmeister, et même Neumeier et Mats Ek – il y a autant de versions du Lac des Cygnes que de compagnies de danse (voire plus, le Ballet de l’Opéra national de Kiev en possédant deux à son répertoire). Lors de sa tournée parisienne, le ballet de Kiev présentera Le Lac des Cygnes chorégraphié par Valery Kovtun. Une version inconnue à Paris, mais en réalité l’une des plus proches de celle de Marius Petipa. On vous raconte !

Qui est le chorégraphe du Lac des Cygnes ?

Avant de devenir une légende du ballet classique, Le Lac de Cygnes a connu une longue histoire d’échecs et de transformations. Créé d’abord au Bolshoï à Moscou en 1877, le ballet chorégraphié par Reisinger avait été jugé une “déconvenue humiliante” par Tchaïkovski dont c’était la première partition de ballet.

Pierina Legnani, la première Odette (finalement, nos classiques sont bien plus modernes qu’on ne le croit!)

Ce n’est que presque 20 ans plus tard, lorsque le Mariinsky à Saint-Pétersbourg s’empare à son tour du livret et le confie à Marius Petipa, que la magie opère. Petipa et Tchaïkovski revoient ensemble le livret, la musique et la chorégraphie. Mais attention, pas si vite ! La version originale est signée “Petipa – Ivanov“. Qui est donc cet Ivanov ? Lev Ivanov était l’adjoint de Marius Petipa, sur qui Petipa s’est énormément appuyé lorsque sa santé avait été ébranlée par le décès de sa fille adorée, Eugénie, quelques années plus tôt. Lev Ivanov est l’auteur notamment de la légendaire scène des flocons de neige dans Casse-Noisette, et le créateur officiel des 2e et 4e actes du ballet (les deux actes qui se passent au milieu des cygnes blancs sur le lac). Marius Petipa, quant à lui, a signé les actes “du palais” et les danses de caractère (danse espagnole, hongroise, etc. lors du bal dans le palais de Siegfried).

Rappelons qu’à l’époque, il n’existait aucun moyen de noter une chorégraphie, qui était mémorisée par les danseurs puis transmise aux interprètes suivants. Le Lac ayant déjà été remanié plusieurs fois, et sans une partition chorégraphie autographe, la voie était ouverte pour de nouvelles versions.

Saint-Pétersbourg vs Moscou : conserver ou changer ?

C’est à partir de 1945 que l’on assiste à un quasi schisme entre deux tendances : tenter de retrouver au plus près la chorégraphie originale de Petipa-Ivanov, ou bien continuer à faire évoluer le ballet. Après quelques tentatives allant dans les deux sens, le Mariinsky / Saint-Pétersbourg s’est rangé du côté des premiers, avec la version de Fiodor Lopukhov (1945), l’une des plus fidèles à celles de Petipa.

Quant à Moscou, deux versions ont créé la polémique au XXe siècle. D’abord celle, en 1953, de Vladimir Bourmeister au Théâtre Stanislavsky, qui remanie le livret et change certains personnages. En 1969, Grigorovitch, grand maître de ballet qui a façonné le répertoire du Bolshoï, crée sa version du Lac des Cygnes – qui reste celle de référence à Moscou. Il met notamment tout le 3e acte (le bal au château de Siegfrid) sur pointes et supprime les danses de caractère (voir ici).

Danse hongroise (sur pointes), version Grigorovitch (c) Elena Fetisova pour le Bolchoï

Avec le temps, les trois versions sont aujourd’hui considérées comme “classiques”, et ont donné naissance à de multiples spin-offs à l’étranger. Rudolph Noureev s’inspire de la version de Lopukhov qu’il a dansée au Mariinsky avant son exil à l’Ouest, mais renforce le rôle de Siegfried (1964). A Kiev, Valery Kovtun se base sur la chorégraphie de Fiodor Lopukhov et la mémoire des danseurs pour remonter aux origines du ballet. D’autres chorégraphes, de la danse néo-classique à la danse contemporaine, ont choisi de s’affranchir entièrement de Petipa pour proposer leur propre version.

Le Lac des Cygnes : la version de Valery Kovtun

Anna Lagoda, prima ballerina et aujourd’hui maître de danse au Ballet de l’Opéra de Kiev, avait 18 ans lorsque la version de Lopukhov a été créée. Elle raconte comment, avec Valery Kovtun, ils ont reconstruit cette version 40 ans plus tard.

La version de Valery Kovtun est aujourd’hui l’une des plus proches de celles de Marius Petipa, et presque identique à celle donnée au Mariinsky.

Tyll d’Alexander Ekman par le Ballet du Théâtre Stanislavsky
(c) Svetlana Avvakum

La version de Bourmeister a eu, elle aussi, une descendance heureuse : elle est toujours donnée au Théâtre Stanislavsky à Moscou et a même contribué à un petit-enfant rebelle: Tyll d’Alexander Ekman, un ballet entièrement nouveau d’après les motifs du Lac, créé par la même compagnie et présenté au Théâtre des Champs-Elysées en avril prochain !

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