Troisième et dernier volet de notre “feuilleton violoncelle” de l’été, dédié cette semaine au XXe siècle. Retrouvez l’épisode 1 (Des origines à Beethoven) ici, et l’épisode 2 (l’ère romantique) ici.

III. LA VOIX DE TOUS LES POSSIBLES

Une troisième corde vocale ?

Rostropovitch et Britten
en 1964 – DR

On connaît l’attachement particulier de Benjamin Britten pour la voix et la place centrale qu’elle occupe dans son œuvre. Dans sa Sonate pour violoncelle et piano op. 65, (samedi 22/02, 17h) il traite le violoncelle comme un véritable substitut de la voix humaine, notamment dans le premier, intitulé Dialogo, et le troisième, Elegia. Deux ans après sa création, son ami Rostropovitch lui conseillera : « Ecrivez pour le violoncelle tout ce que votre cœur vous dit, peu importe la difficulté, l’amour que je vous porte m’aidera à maîtriser chaque note, même les plus impossibles ». 

La jeune garde russe

Les compositeurs russes ne sont pas en reste. Au tournant du XXe siècle, en 1901, Rachmaninov compose sa Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19 (dimanche 23/02, 18h) , dédiée à son ami violoncelliste Anatole Brandukov. Bien moins connue que la plupart des compositions de Rachmaninov, ce chef-d’œuvre d’originalité et de profondeur constitue une pièce secrète, à la fois tragique et intimiste, dans laquelle la pudeur le dispute à la passion.

Sergueï Rachmaninov, Dimitri Chostakovitch et Serge Prokofiev –DR

La Sonate pour violoncelle et piano op. 40 de Chostakovitch est sa première œuvre d’importance en musique de chambre et est aujourd’hui considérée comme un « classique » de la littérature pour violoncelle. (samedi 22/02, 20h) Composée durant l’été 1934, alors qu’il se sépare de sa première femme Nina, elle alterne références à Beethoven et clins d’œil à la musique populaire – juive en particulier. C’est indéniablement le violoncelle qui mène ici la danse, tout en laissant entrevoir quelques merveilleux passages pianistiques, qui rétablissent un équilibre quasi miraculeux… acceptable pour les autorités soviétiques de l’époque !

Quelques années plus tard, en 1948, alors que Staline règne en maître, Prokofiev fait la connaissance d’un jeune violoncelliste, un certain Mstislav Rostropovitch, avec lequel il débute une longue amitié. Les temps sont durs pour Prokofiev : déclaré « ennemi du peuple », malade, sa situation matérielle est loin d’être enviable. Composée en 1949, la sonate pour violoncelle et piano en do majeur (vendredi 21/02, 20h) fait figure d’ilôt de liberté en pleine dictature et cherche à exprimer toutes les possibilités de l’instrument, renouant avec l’inspiration de ses premières œuvres orchestrales, mélange unique de grandeur lyrique et de légèreté.

Un instrument contemporain

Witold Lutoslawski et son ami le musicologue Stefan Jarocinski – DR

D’une certaine manière tout aussi lyrique, Grave de Lutosławski (dimanche 23/02, 18h), est dédié à la mémoire du musicologue Stefan Jarociński, grand ami du compositeur. Composée en 1981, un an après son décès subit, la pièce a pour sous-titre Métamorphoses : la mélodie pour violoncelle prend la forme d’un accelerando dont la tonalité s’élève de la basse au soprano au fur et à mesure de son élan rythmique, et développe une figure de quatre notes (ré, la, sol, ré), celles-là même qui dans Pelléas et Mélisande de Debussy constituent le « motif de la forêt ». 

Une page de la partition de Lieux retrouvés
© Presto Music

Encore plus près de nous, Thomas Adès, compositeur prolifique de 48 ans, édite Lieux retrouvés en 2008 (samedi 22/02, 17h). Que dire de cette pièce inclassable et impossible à cataloguer ? On y retrouve les influences mêlées de Liszt, Janáček, Fauré, Kurtág, Offenbach, du jazz et du baroque français ! Quatre mouvements aux titres évocateurs (Les eaux, La montagne, Les champs, La ville : Cancan macabre) dessinent les contours de quatre paysages distincts qui magnifient le violoncelle et sa capacité à suggérer un « sens obsédant du temps et du lieu », selon les propres termes d’Adès. L’œuvre a été composée pour Steven Isserlis, qui l’a créé au Festival d’Aldeburgh en 2009.

Enfin, preuve que le violoncelle continue à inspirer les compositeurs de notre temps, , une pièce d’Antón García Abril sera créée avec Pablo Ferrández et Luis Del Valle. (dimanche 23/02, 15h).

Il paraît que les catalans disaient : « Quand Pablo Casals joue, Dieu va au concert. » Pablo Casals n’est plus, mais devant tant de promesses musicales… faisons donc comme Dieu !

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