Avec Le Freischütz de Weber, la Cie 14:20, pionnière de la magie nouvelle, signe sa première mise en scène d’opéra. Mais qu’est-ce donc que la magie nouvelle ?

Mouvement artistique né en France en 2002, la magie nouvelle compte aujourd’hui plus de cent artistes dans le monde entier. A sa source, une envie de se débarrasser de certains codes et poser un nouveau regard sur le monde par le biais des différents éléments issus du cirque, de la magie traditionnelle et des nouvelles technologies. Ce qu’ils revendiquent est l’idée de créer des mouvements qui placent le déséquilibre des sens et le détournement du réel au centre des enjeux artistiques.  Et pour cela, les moyens des nouvelles technologies apportent des nouvelles possibilités qu’ils marient volontiers à l’art traditionnel de la magie.

Présentation par Raphaël Navarro (Cie 14:20)

Magie nouvelle : la naissance

A l’origine, il y a une amitié : celle de deux copains de lycée venant du cirque moderne et la rencontre avec la chercheuse Valentine Losseau, qui vit alors parmi les Mayas Lacandons dans les forêts mexicaines. Elle est fascinée par l’univers de la magie et par ce peuple animiste, pour qui chaque geste laisse une trace dans l’espace. Après la mort, l’âme du défunt dispose de sept jours pour revenir sur son passage et reprendre ce qu’il a laissé. Une croyance que la Cie 14 :20 insuffle volontiers à certains de ses spectacles.

Venant du nouveau cirque et étant dans le pays de la nouvelle vague, la nouvelle cuisine et le nouveau roman, nous avons choisi de baptiser ce mouvement la magie nouvelle”, écrivaient dans leur manifeste “Pour une magie nouvelle” (2011) Raphaël Navarro et Clément Debailleul, scénographes, jongleurs et magiciens, qui signent la mise en scène du Freischütz.

Après s’être associé à d’autres arts, comme la danse, le théâtre, le cirque et les arts plastiques, voilà désormais pour la magie un nouveau terrain d’expression, celui de l’opéra.

Un nouveau langage

On reconnaît surtout la magie nouvelle à ses incroyables effets de lévitation et d’apesanteur (dans Le Freischütz, nous avons même une “régie lévitation !”). En réalité, l’illusion, la lévitation, l’apparition et la disparition sont des procédés que l’on retrouve dans toutes les formes de la magie d’aujourd’hui, mais qui prend ici une nouvelle dimension.

La particularité de la magie nouvelle est d’y associer des éléments de danse, de magie traditionnelle d’avant l’électricité ou venant d’autres pays (la Cie 14:20 organise chaque année des voyages de recherche en Inde pour comprendre l’art des magiciens de rue) et l’invention de procédés grâce aux nouvelles technologies. Le tout pour des effets extrêmement poétiques, qui transportent le spectateur plus qu’ils ne l’étonnent.

Mais avant tout, ce langage vise à servir un nouveau propos, ambitionnant de devenir un art à part entière.

Un nouveau sens

En tant que première forme de création humaine, la magie est aussi intrinsèquement populaire“, dit Clément Debailleul. Et victime de son succès ! La magie a été longtemps cantonnée aux numéros si bien connus du public (la femme coupée en deux, le lapin blanc, les numéros de carte…) que l’on a depuis longtemps cessé de les questionner (Pourquoi une femme? Pourquoi en deux ?).

La magie nouvelle s’empare de la narration et s’élève au rang d’art en devenant raconteuse d’histoires. Ainsi, dans Le Freischütz, la magie s’empare du personnage maléfique de Samiel, et transforme complètement notre vision de l’œuvre.

Pour en savoir plus

Nous vous conseillons ce numéro hors-série du magazine Stradda consacré à la magie nouvelle, consultable et téléchargeable via ce lien.

Image: spectacle “Vibrations”, Cie 14:20 (c) Clément Debailleul

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