VISUEL REPIN_BERESOVSKY
Le violoniste Vadim Repin et le pianiste Boris Berezovsky se connaissent depuis longtemps et ne comptent plus le nombre de fois où ils ont joué ensemble. Le 22 novembre prochain, ils se retrouveront sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées pour un nouveau récital.
Comment rester amis lorsque tout change autour vous : le pays qui les a vus naître, leurs pays de résidence, leurs femmes, leurs passions communes ? Amis dans la vie et sur scène, Vadim et Boris évoquent pour nous cette vie de musiciens nomades… assagis.

Où habitez-vous aujourd’hui ? Qu’y aimez-vous ? Qu’est-ce qui vous y manque ?

Vadim Repin : J’habite entre Vienne à Moscou. A Moscou m’attendent ma fille et ma femme (la danseuse-étoile Svetlana Zakharova, ndlr), mais nous passons aussi beaucoup de temps à Vienne qui est tout simplement l’une de mes villes préférées. J’ai voulu y installer le centre européen de ma vie. Ce sont deux villes opposées, aux énergies polaires. D’une part, une atmosphère délicieuse, pittoresque à Vienne, notamment grâce à sa géographie où se mélangent plusieurs cultures, et son parfum est-européen. Moscou est une mégapole, un centre où on ne comprend parfois rien ! Je me sens très heureux dans les deux.

Boris Berezovsky : J’ai vécu 9 ans à Bruxelles, et avant cela 10 à Londres. Il y a un an, j’ai déménagé à Moscou. J’adore ! Il y a des théâtres, des gens incroyablement intéressants, des cercles poétiques que je fréquente… Ce qui me manquait lorsque j’habitais à l’étranger, c’est ma langue maternelle. Et puis, j’aime être en Russie.

Depuis combien de temps vous connaissez-vous ?

V.R. : J’ai peur d’avancer un chiffre, très longtemps !

B.B. : Attendez, je vais vous dire… depuis 1990, donc cela fait 24 ans ! On s’est connu à festival de Seattle, au petit-déjeuner à l’hôtel où Vadim m’a conseillé de prendre les œufs Bénédicte : à l’époque, je ne savais pas ce que c’était ; qu’est-ce que c’est bon, ce truc ! Ça va plaire aux français, cette idée que notre amitié s’est éclose sur un terrain gastronomique…

Comment décririez-vous votre partenaire ?

B.B. : Très agréable, facile à vivre – sur scène, en voyage…

V.R. :  Ce n’est pas tant un partenaire : bien sûr, nous sommes dans le même bateau, mais pour rendre une œuvre intéressante, il faut un conflit musical, et une certaine compréhension de la langue de l’autre. Car ce sont bien des langues différentes, en fonction des instruments, de nos personnalités qui ne peuvent pas être les mêmes. Et plus elles sont opposées, plus il est facile de créer un conflit. Il faut que ce soit un dialogue de musiciens. Nous nous comprenons parfaitement, mais nous devons parfois faire semblant de vivre un conflit – au profit de la musique.

Comment vous retrouvez-vous ?

V.R. : En ce moment, notre point de rendez-vous est à Moscou. Chacun mène sa vie, puis naissent des projets pour lesquels on doit essayer de trouver une pulsation commune de nos cœurs. Ces dernières années, nous avons très peu joué ensemble sur scène, Boris avait ses priorités, moi les miennes, mais nous sommes des amis proches depuis longtemps. C’est au Théâtre des Champs-Elysées que nous avons joués les concerts peut-être les plus réussis de ma vie, je dirais même, de notre vie. Et le fait que nous nous retrouvions sur cette scène, c’est à la fois un rêve, une nostalgie, et aussi un autre niveau de la compréhension tant de la musique que de la vie, une nouvelle étape de notre existence. Je pense que ce sera intéressant.

B.B. : On se retrouve surtout sur scène, ou en tournée… Je crois bien qu’on n’a jamais été l’un chez l’autre.

Que diriez-vous du programme de votre concert au TCE  ?

V.R. : Le Divertimento de Stravinsky est probablement l’œuvre que nous avons jouée le plus, ensemble et séparément, et que nous aimons beaucoup, tout comme la sonate de Strauss. Celle de Debussy est peut-être la toute première œuvre que nous avions jouée ensemble.

B.B. : En revanche, c’est la première fois que nous jouons les préludes de Chostakovitch.

Comment c’est, la vie d’un musicien nomade et de sa famille ?

V.R. : Bien sûr, c’est très compliqué, mais on fait nos plans plusieurs années en avance pour coordonner nos voyages avec Svetlana – par exemple, en novembre, nous serons tous deux au Japon, elle avec un spectacle, moi avec des concerts. Et on essaye de ne pas partir pour plus de 10 jours.

B.B. : La vie se déroule d’une façon assez harmonieuse, je dois dire. Je suis heureux de beaucoup voyager, heureux de pouvoir emmener ma famille avec moi… On va souvent au Japon, c’est notre endroit préféré pour les voyages en famille – j’adore ce pays. Ils conservent leurs traditions, mais c’est un pays fantastiquement moderne. C’est très impressionnant.

Avez-vous un passe-temps préféré commun après le concert ?

V.R. : D’habitude, on est tellement affamés après un concert que la première chose est de satisfaire la faim ! Auparavant, on aimait beaucoup jouer aux échecs, et nous avions une passion folle pour le backgammon.

B.B. : Il faut dire qu’on a des goûts assez différents. Vadim aime jouer au billard, et moi je ne sais pas y jouer… On a aimé bien des choses, dans une autre vie… mais aujourd’hui, ce qui nous réunit, c’est la musique.

 

Partagez sur :