Yannick Nezét-Séguin - DRYannick Nezét-Séguin – DR

Evénement Wagner cette saison avenue Montaigne avec Yannick Nézet-Séguin qui entame au printemps 2022 avec ses forces musicales de Rotterdam un Ring en version de concert. Première étape donc le 23 avril 2022 avec L’Or du Rhin, prologue de L’Anneau de Nibelung, la plus grande saga lyrique de l’histoire de la musique.

Wagner en VO dès 1914

Wagner avait fait une entrée spectaculaire avenue Montaigne au printemps 1914 (un an après l’ouverture du Théâtre) avec trois premières françaises : Tristan, les Maîtres Chanteurs et Parsifal en version originale, représentations toutes assurées conjointement par la Boston Company et Covent Garden. Mais il fallut attendre le printemps 1929 pour qu’un Ring intégral et là aussi en version originale résonne sous le plafond de Maurice Denis. Ainsi, par deux fois, le théâtre fut à la pointe de la diffusion en France de Wagner en VO car si l’Opéra avait bien donné la Tétralogie dès 1909 sous la direction d’André Messager, puis deux ans plus tard, sous celles de Felix Weingartner et Arthur Nikisch, ces premières représentations au Palais Garnier étaient en français dans une traduction du critique musical Alfred Ernst.

Affiche de juin 1929 – Festival Wagner

Le Ring de Bayreuth

En 1929 donc, dans une période politique oscillant encore entre principe de précaution et esprit de réconciliation, le chef d’orchestre Walther Straram prend l’initiative de présenter à Paris un Ring en langue originale. Fort de ses relations avec le monde musical allemand, il convainc Franz von Hoesslin, chef wagnérien expérimenté, de venir à Paris avec la troupe des chanteurs de Bayreuth et met à sa disposition son Orchestre. Von Hoesslin venait alors de marquer les esprits en dirigeant le Ring à Bayreuth et surtout en réalisant son premier enregistrement discographique en 1927. Le Théâtre accueillit donc cette Première le temps de deux séries de quatre soirées presque consécutives dans une mise en scène de Wolfram Humperdinck, le fils du compositeur d’Hansel et Gretel.  L’immense Lauritz Melchior endossait les rôles de Siegmund et de Siegfried, Nanny Larsen-Todsen celui de Brünnhilde, Wilhelm Rode celui de Wotan et du Voyageur, sans oublier Walter Kirchhoff, légendaire interprète de Lohengrin, et qui fut du voyage pour le rôle de Loge.

L’événement ne s’arrêta pas à ces soirées puisque dans la foulée, Franz Von Hoesslin, toujours à la tête des musiciens Straram, enregistra quelques « Grandes pages » de la Tétralogie dans les Studio Pathé Frères, mais ces pages furent malheureusement gravées sans  les « vedettes » des représentations qui étaient déjà sous contrat avec d’autres éditeurs que Pathé (Melchior avec His Master’s Voice, Larsen-Todsen avec Columbia, et Rode avec Polydor). En dehors de ces têtes d’affiche, les autres membres de la troupe de Bayreuth se répartirent les différents rôles orphelins de leurs interprètes scéniques. Il s’agissait alors bel et bien du premier enregistrement du Ring en France !

Le retour dans les années 80

Après-guerre, outre les traditionnels ouvertures, préludes et extraits orchestraux à l’affiche des concerts symphoniques, il fallut attendre la fin des années 60 pour réentendre au Théâtre des opéras de Wagner et février 1986 pour un Ring intégral. Marek Janowski, élève de Sawallisch et alors directeur musical du Philharmonique de Radio France lance le défi  d’un Ring en version de concert qui devait d’ailleurs à l’origine être partagé entre le National et le Philhar’ mais le premier se retire finalement du projet. Là encore une distribution somptueuse avec Donald McIntyre, le Wotan de Boulez et Chéreau à Bayreuth, le vétéran James King en Siegmund, Teresa Zylis-Gara en Sieglinde et le Loge luxueux de Peter Schreier, sans oublier les jeunes Waltraud Meier en Fricka et Cheryl Studer en Freia.

Deux ans plus tard, on renoue même avec la représentation scénique pour la première fois depuis 1929 avec une production de l’Opéra de Nice confiée au croate Berislav Klobucar, un habitué de Bayreuth et de l’Opéra de Vienne, et à Daniel Mesguich, l’un des hommes de théâtre les plus inventifs du moment, élève d’Antoine Vitez et alors plus jeune professeur au Conservatoire. Preuve est faite une nouvelle fois que Wagner a aussi sa place au Théâtre même si la distribution de 1988 n’est pas au même niveau que les deux précédentes.

Cela ne devrait pas être le cas avec le cast réuni par Yannick Nézet-Séguin pour ce prologue présenté cette saison en prélude à un nouveau Ring complet sur quatre saisons. Qu’on en juge en citant notamment l’immense baryton d’exception courtisé par les grandes scènes qu’est Michael Volle (Wotan), la voix majeure de Samuel Youn (Alberich), grand habitué de Salzbourg, les ténors Gerhard Siegel qui délasse Mime pour le rôle de Loge, ce dernier étant tenu ici par l’excellent Thomas Ebenstein et la mezzo américaine Denyce Graves, inoubliable Carmen, son rôle fétiche, et non moins sublime Erda.

Michael Volle © Gisela Schenker

L’Or du Rhin – Wagner
Yannick Nézet-Séguin | direction
Rotterdams Philharmonisch Orkest
Samedi 23 avril 2022 – 18h30

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