Festival de Bayreuth au Théâtre des Champs-Elysées avec le Ring de Wagner

Il y a 90 ans, le 20 juin 1929, la tétralogie de Wagner était donnée pour la première fois à Paris en langue allemande. Les musiciens de l’orchestre Straram et les chanteurs de la troupe de Bayreuth investissaient la scène et la fosse du Théâtre des Champs-Elysées pour une Première qui allait avoir une résonance internationale.

La Tétralogie avait pourtant bien été donnée avant cette date. Mais en français ! (en 1909, à l’Opéra de Paris sous la direction d’André Messager, puis deux ans plus tard sous celles de Felix Weingartner et Arthur Nikisch, dans une traduction française d’Alfred Ernst).

En 1929, dans une période politique oscillant encore entre principe de précaution et esprit de réconciliation, le chef d’orchestre Walther Straram prend l’initiative de présenter à Paris un Ring en langue originale. Fort de ses relations avec le monde musical allemand, il convainc Franz von Hoesslin, chef wagnérien expérimenté, de venir à Paris avec la troupe des chanteurs de Bayreuth et met à sa disposition son Orchestre. Von Hoesslin venait alors de marquer les esprits en dirigeant le Ring à Bayreuth et surtout en réalisant le premier enregistrement du Ring dans le monde, en 1927.

Le Théâtre accueillit donc cette Première le temps de deux séries de quatre soirées presque consécutives dans une mise en scène de Wolfram Humperdinck, le fils du compositeur d’Hansel et Gretel :

Et l’on prit soin d’organiser des entractes conséquents, à l’exception des représentations de deux soirées Das Rheingold, afin que le public puisse reprendre forces au buffet du Théâtre.

Après ces précisions organisationnelles, voyons les distributions qui regroupaient ce qui pouvait alors se faire de mieux en matière de chant wagnérien. Qu’on en juge : L’immense Lauritz Melchior endossait les rôles de Siegmund et de Siegfried, Nanny Larsen-Todsen celui de Brünnhilde, Wilhelm Rode celui de Wotan et du Voyageur, sans oublier Walter Kirchhoff, légendaire interprète de Lohengrin, et qui fut du voyage pour le rôle de Loge.

Mais l’événement ne s’arrêta pas à ces huit soirées puisque dans la foulée, du 2 au 5 juillet, Franz Von Hoesslin, toujours à la tête des musiciens Straram, enregistra quelques « Grandes pages » de la Tétralogie dans les Studio Pathé Frères avenue de la Grande Armée à Paris. Il s’agit alors du premier enregistrement du Ring en France !

Ces disques, proposés lors de leurs sorties en novembre 1929 sous la forme de deux luxueux coffrets de 10 disques double face chacun, ont malheureusement été gravés sans  les « vedettes » des représentations qui étaient déjà sous contrat avec d’autres éditeurs que Pathé (Melchior avec His Master’s Voice, Larsen-Todsen avec Columbia, et Rode avec Polydor). En dehors de ces têtes d’affiche, les autres membres de la troupe de Bayreuth assurèrent l’enregistrement en se répartissant les différents rôles orphelins de leurs interprètes scéniques.

Ainsi Walter Kirchhoff grava, en plus du Loge initial, ceux de Siegmund et de Siegfreid, Henriette Gottlieb reprit celui de Brunhilde, Ludwig Hofmann celui de Hagen. Edités dès novembre 1929, ces disques ont été salué par une presse très élogieuse et ont connu des ventes record. Fin 1930, 11.038 disques avaient été distribués. Jusqu’à la suppression du catalogue Pathé en juin 1932, 12.473 disques ont été publiés, soit environ, plus de 600 séries de 20 disques.

En 1999, l’éditeur allemand Gebhardt, en publia une version CDs mais dont la distribution en France resta plus que confidentielle. Si l’on peut regretter l’absence de quelques-uns des grands noms Wagnériens de l’entre-deux guerres, ce document reste néanmoins un témoignage unique de cette première Tétralogie en VO à Paris.

Tous nos remerciements à Philippe Morin et Pierre Flinois pour leurs précieux conseils dans la restitution de cette histoire. Et à Nicolas Rousseau qui, en offrant l’un des coffrets Pathé au Théâtre, nous a donné envie de vous la raconter.
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