« Strauss était fou de voix humaine (féminine) ; Strauss est pratiquement né dans une maison d’opéra, et réserve à l’opéra ses productions vocales les plus spectaculaires, exaltant jusqu’au bout de leurs possibilités des voix stars, une Jeritza, une Viorica Ursuleac, une Rethberg. De ces élans, de ces extases, le lied le délassait » aimait à rappeler André Tubeuf, homme de lettres, musicologue et fin connaisseur du compositeur.

A l’origine chant populaire ecclésiastique allemand, le lied (chant) trouve son apogée tout au long du 19e siècle et au cours de la première du 20e. Au même titre que la mélodies française, le song anglais, la canzon italienne ou la cancion espagnole… et même si chacune démontre des particularisme musicaux, le lied allemand se présente comme une pièce musicale courte basée sur un poème et chantée par une voix accompagnée par le piano ou un ensemble instrumental plus ou moins important. Si Schubert en est le maître absolu (avec notamment une production de près de 650 lied répertoriés), Brahms, Wolf, Mahler, Strauss, Schoenberg et Berg s’y illustrèrent tous à leur manière.

Strauss en composa tout au long de sa vie, en dehors de la période 1906-1917, période qu’il consacra plus spécifiquement à l’opéra (Elektra, Le Chevalier à la rose, Ariane à Naxos, La Femme sans ombre, tous fruits de sa collaboration avec le librettiste Hofmannsthal). Dans ses lied, il loue tour à tour l’amour et l’être aimé, les beautés de la nature et par-dessus tout, la nostalgie du temps qui passe. La richesse et la diversité de son langage musical lui offrent une palette infinie de nuances et de modulations qui font le charme de ce corpus, d’où jaillit une incroyable alchimie du verbe et de la musique.

Parmi les 200 lieder qu’il composa, une trentaine ont été conçus avec accompagnement d’orchestre. Pour le concert de ce soir, Diana Damrau en a choisit six, chacun représentatif du genre, de la sensualité enjôleuse des harmonies de Das Rosenband (la guirlande de rose) à la virtuosité élégiaque de Ständchen (sérénade), de l’expression du bonheur de Freundliche Vision (vision aimable) à la plus célèbre de ses berceuses Wiegenlied avant de conclure avec deux sublimes expressions nostalgiques que sont Allerseelen (Toussaint) et Zueignung (Dédicace). Diana Damrau, qui a fait sien depuis longtemps à la scène comme au disque le corpus vocal du compositeur, connaît intimement ce répertoire et transforme ces six pages en autant de miniatures sublimes, hors du temps.

The Deutsche Kammerphilharmonie Bremen
Jérémie Rhorer | direction
Diana Damrau | Soprano
Samedi 18 septembre 2021 – 20h00

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